Homélie du Père Dampt pour les obsèques du Père Daniel Billecocq
Nous nous sommes rencontrés avec Daniel, le 3 octobre 1942 à la rentrée de la classe de 5ème à Flavigny.
C'était un garçon souriant, plutôt timide d'apparence et cependant décidé. A l'âge où l'on passe du rire aux larmes de l'enthousiasme ou du découragement, du calme à l'excitation, il était calme, pacifique, égal à lui-même, jamais abattu, jamais excité. Volontaire pour les services à rendre de la cave au grenier, balayage, épluchage, jardinage, plonge, il n'aimait pas commander et n'a jamais pris goût à commander. Il fut, comme tout le monde, chef d'équipe, chef de patrouille, organisateur de veillées, animateur de réunions mais sans que cela lui répugne. Son joug restait doux et son fardeau léger.
Que ce soit dans sa jeunesse, ses premiers services à la cathédrale, son aumônerie à St Bénigne et ses différents ministères, Daniel s'est toujours présenté comme un appui et un appui solide. C'est sa douceur qui a toujours frappé.
Heureux les doux. Il n'est pas plus tenace qu'un doux. Le doux est patient, conscient qu'il faut semer avant de récolter, que la meilleure façon de marcher c'est encore la nôtre, c'est de mettre un pied devant l'autre et recommencer. Daniel a beaucoup semé, travaillé ses homélies du lundi au samedi, reprenant, raturant, faisant siennes les recommandations de Paul à Timothée : « Proclame la Parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, toujours avec patience et souci d'enseigner. Fais oeuvre d'évangéliste, remplis ton ministère ». Les beaunois en ont bien profité. Il était obligeant
Heureux les doux. Le doux est le contraire d'un révolté. Je n'ai jamais entendu Daniel râler, ni critiquer ses confrères, ses supérieurs ou qui que ce soit.
A l'heure où il est de bon ton de clamer haut et fort « j'ai mal à mon Eglise », Daniel a toujours médité ces choses dans son coeur car là où le révolté dans la difficulté abandonne, le doux persévère. Daniel n'a jamais rien abandonné ni personne. Il avait du mal avec une vue déficiente et une mémoire parfois défaillante à aborder ou à rencontrer les personnes. Il s'en excusait souvent car il en souffrait réellement. Mais il n'a jamais rien abandonné, ne cherchant ni à bricoler ses homélies pour plaire ou édulcorer l'Evangile, ni à écraser son monde sous des prescriptions comminatoires ou des exhortations irréalisables.
Un doux persévère, il ne laisse rien tomber ni personne. Il sait qu'il ne peut lâcher à aucun prix, qu'il faut miser sur Dieu, compter sur Dieu, s'en remettre à Dieu et espérer.
Voilà Daniel, 67 ans après notre première rencontre. Je rends grâce à Dieu de t'avoir rencontré et tous ici présents qui t'avons connu, nous remercions le Seigneur d'avoir eu la joie de cheminer avec toi, de partager ta foi, ton espérance, d'apprécier ta bonté, ta simplicité et ton accueil.
Que le Seigneur t'admette à jouir de la lumière de son visage.