HOMELIE POUR L’EPIPHANIE DU SEIGNEUR

par Gérard MORICE, diacre

Basilique Notre-Dame de Beaune

Dimanche 8 janvier 2012



    Il y a quelques mois c’était déjà l’Epiphanie à Beaune !

Alors là vous êtes en train de vous dire « Ben voilà le diacre qui se mélange les pinceaux dans l’ordre convenu des fêtes liturgiques ! »

Et bien non, parce qu’à Beaune le 18 septembre, quatre jours avant l’automne, nous avons vécu un grand moment d’Epiphanie, lorsque notre Archevêque a consacré, ici dans cette basilique, les Sœurs de la Fraternité de la Sainte Enfance de Beaune ! L’avènement  d’une nouvelle communauté  entièrement dévouée au Petit Roi de Grâce, le trésor caché de Beaune, qui se révèle partout dans le monde comme un petit enfant discret mais efficace pour ceux qui décident de mieux le connaître et qui viennent l’adorer.

C’est pourquoi, j’en suis sûr, les Sœurs accueilleront toujours plus de pèlerins, venus de loin et de Beaune, pour qui  l’Enfant Jésus fait briller son étoile dans leurs cœurs.

« Epiphanie », un mot qui veut dire quelque chose comme « manifestation au monde ».

L’Eglise d’Orient dirait que c’est une théophanie : la manifestation de Dieu.

Un Dieu fait homme pour tous les hommes, quels que soient leur race, leur couleur, leur croyance ou leur incroyance.

A l’époque d’Hérode, le Peuple Juif attendait un Messie, un roi puissant capable de détrôner les rois malfaisants comme Hérode et d’autres.

A Bethléem ce jour-là, c’est un petit bébé qui fait parler de lui, ne sachant pas encore parler,  né dans le secret, sans garde du corps, entouré de sa maman et de son papa,  et de quelques insignifiants bergers. C’est ce bébé  qui s’est révélé au monde par la symbolique image d’une étoile brillante aperçue au loin par des étrangers.

Les rois mages se  sont sentis interpellés dans leurs cœurs  pour suivre la lumière de l’étoile.

Ces rois mages, a priori hautement qualifiés en astrologie, se mettent à chercher Dieu sans savoir qui il est ni où il vit. Et voilà que le ciel s’assombrit, et ils arrivent  à Jérusalem, ils posent la question : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naitre ? »

Quand Matthieu écrivit son évangile, la communauté chrétienne vivait une situation paradoxale : beaucoup de païens se convertissaient à la foi chrétienne et par contre la majorité des juifs rejetait l'Évangile et persécutait les  chrétiens.

Cette conjoncture était difficile à accepter pour un juif comme Matthieu qui avait une vive conscience que le Peuple Juif était le Peuple Elu qui avait été choisi par Dieu pour accueillir le Messie.

Aujourd’hui, dans le monde, la situation a changé : il y a le dialogue interreligieux. Les religions se parlent entre elles, avec beaucoup de difficultés quelquefois. Le Printemps Arabe, voulu par les peuples et sa résultante politique, peut nous inquiéter : encore tout récemment, des communautés chrétiennes sont persécutées à cause de leur religion, mais elles ne sont pas les seules !

Il n’y a pas encore si longtemps, l’Europe était la source de l’esprit missionnaire dans le monde. Aujourd’hui le Peuple d’Afrique envoie vers nous ses missionnaires et nous avons à les accueillir dans nos communautés, sans ressenti, sans inquiétude ; à notre tour nous pouvons leur témoigner notre reconnaissance et notre générosité pour cette présence parmi nous.

Oui le monde change et dans ce changement il nous arrive de ne plus rien y comprendre. Le monde semble  nous faire l’effet d’une étoile filante, les peuples s’affolent, s’inquiètent, s’affrontent.

Les couples se brisent, les enfants souffrent, les fins de mois sont difficiles.

L’homme se veut libre de ses choix et de ses actes, il revendique, il cherche du sens à sa vie en lisant son horoscope et espère tout solutionner en gagnant au loto.

Le récit de l’Evangile de ce jour est à l’origine de beaucoup d’images : l’image des rois mages et de leurs différences physiques, l’image des cadeaux somptueux,  l’image aussi de l’étoile, du nourrisson, de la famille, de l’immense joie que procure la naissance d’un enfant au sein du couple, qu’il soit croyant ou athée.

L'essentiel n'est pas dans les détails que la légende a ajouté avec le temps, mais dans le message que saint Matthieu veut nous communiquer, à savoir que tous les peuples, de toutes races, que tous les hommes, de tous âges et de toutes conditions, sont invités à la suite des mages à chercher Dieu, sans oublier que c'est Dieu qui, le premier, cherche l'homme !   

Dieu fait le premier pas. Peut-être a-t-on tendance à oublier que, dans l'histoire des mages, le premier qui a «bougé », c'est Dieu ! Le sens de l'étoile est dans cette évidence: c'est toujours Dieu qui a l'initiative. Il y a d'abord l’intervention de Dieu qui lance un appel à l'homme.   

Frères et sœurs, nous ne sommes pas  là pour faire la leçon à ceux que nous estimons sur une fausse route, ce n’est pas à nous de donner la foi !   

La foi est un don de Dieu.   

Nous pouvons par contre poursuivre notre route vers Dieu en le faisant savoir à notre entourage, là où nous sommes, à la maison, dans notre rue, au travail.   

C’est par la façon que nous aimons, et que nous nous aimons, dans notre quotidien, que Dieu appelle vers lui et qu’alors nous devenons le reflet du miroir de son Amour éternel.  

Dans un autre évangile, celui de Jean, j’ai relevé la phrase suivante :   

« Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6, 44).   

Cette attirance pour Dieu semble aujourd’hui être loin des préoccupations de bon nombre de nos semblables:  la soif envers Dieu ne s’impose pas, elle n’est pas de notre compétence !   

Mais notre propre soif de Dieu, de prières, elle, ne se tarira pas : elle nous rendra efficace dans notre participation à la nouvelle évangélisation.

Monseigneur Minnerath, dans sa visite pastorale, nous dit à ce sujet.  « Sachons d’abord offrir des friandises avant de proposer un bifteck de cheval ! »

A Noël, j’ai dégusté  chez des amis, une délicieuse bûche glacée : tout le monde voulait connaître la recette, pour la reproduire à leur tour. Nous avons fait l’expérience d’une douceur qui a déclenché l’envie d’en savoir plus.   

C’est là une image bien sûr, pour comprendre que la foi ne s’impose pas, elle se fait d’abord réconfortante pour l’autre. 

Aujourd’hui il est encore temps de prendre de bonnes résolutions pour cette nouvelle année qui commence.

Alors que nous avons vécu de joyeuses fêtes de Noël, entourés de nos familles et de nos amis, alors que nous avons reçu cette lumière réconfortante et  que nos cœurs se sont remplis de joie, reconnaissons le don de Dieu pour la foi qui est présente dans nos cœurs.   

Repartons sur d’autres chemins, peut être moins faciles, les chemins qui nous mèneront vers plus de respect et de compassion envers les membres de nos familles.   

Repartons à la suite de la caravane des mages avec la bonne volonté   d’agir avec nos moyens pour aplanir la route quelquefois douloureuse que vivent les hommes et les femmes, qu’ils soient proches ou loin de nous.

« Aujourd’hui où es-tu Seigneur ?   

« Où es-tu, Seigneur ? Peut-être va-t-on te chercher trop loin. Et voilà pourquoi nous passons sans te voir. Tu es présent en nous au cœur même de nos péchés, dans ce remord qui nous tourmente.   

« Où es-tu, Seigneur ? Les mages t'ont trouvé à Bethléem qui signifie la maison du pain. Nous pouvons avoir la certitude de te trouver réellement, nous aussi, dans le pain eucharistique que nous partagerons tout à l’heure.  

« Seigneur mon Dieu, manifeste-moi ta présence, guide-moi de ta lumière sur le chemin de ma vie, délivre-moi de la tentation de vouloir convertir autour de moi, et donne-moi de vouloir plutôt te servir là où tu me mèneras.   

« Fais de moi un signe de ta présence dans le monde.

 Amen.