Chaque année, nous avons la chance d’avoir le Jeudi Saint, des textes fondamentaux et exceptionnels.

D’abord la première lecture. C’est la nuit (j’y reviendrai lors de la veillée pascale), une nuit de délivrance, de risque et d’audace. Mais aussi un signe de la protection de Dieu qui guide son peuple. N’oublions pas que le cierge pascal qui entre le premier dans l’église symbolise le Christ qui guide son peuple comme la nuée le faisait lors de l’Exode. Dans cette nuit où la panique et la fébrilité dominent, chacun sait que ce sera une date, un moment décisif, un « mémorial ». Les hébreux le savent et s’ils ne connaissent pas la destination de leur périple, ils ont une certitude : Moïse, parce qu’il suit Dieu, sait où il va. Dieu le conduit comme il nous guide nous aussi.

L’Évangile nous dit, comme la deuxième lecture, que Dieu est présent et proche de nous. Et c’est la présence dans le  service avec ce geste du lavement des pieds qui reste le symbole de la charité chrétienne. On le sait : Jésus ne veut pas  rester debout. Il se met à la hauteur de tous et à partir de ce moment-là, personne ne pourra dire qu’il lui faudra lever les yeux pour atteindre Dieu. Comme à Noël, ici, Dieu se met à la hauteur de tous, à commencer par le plus petit. C’est pour cela qu’il est le serviteur et qu’il nous appelle à l’être. Depuis Grégoire le Grand, un des titres du Pape est « Servus servuum Dei », serviteur des  serviteurs de Dieu. Et comme prêtres, nous le  sommes aussi et appelés à le rester.

La deuxième lecture nous rappelle la présence du Christ dans l’Eucharistie. C’est notre spécificité comme prêtres mais pour les fidèles laïcs, c’est une nourriture essentielle avec l’écoute et la méditation de la Parole de Dieu et le rassemblement ecclésial. Jésus est réellement présent et c’est pour cela que nous apportons le pain et le vin. Ils symbolisent notre vie quotidienne que nous confions au Seigneur. Le prêtre, au nom de tous, offre la vie de chacun et de tous à Dieu qui va  envoyer son Esprit Saint pour que ces offrandes deviennent le Corps et le Sang du Christ. C’est le sens de l’épiclèse, des mains abaissées sur le pain et le vin qui font venir la présence du Seigneur sur ces aliments qui ne changent pas d’aspect mais de nature. Ce pain et ce vin consacrés deviennent tout autre chose  que leur apparence sans cesser d’avoir le même aspect. Et à la communion, lorsque nous les  recevons, nous bénéficions de cette même présence du Christ. Nous aussi restons ce que nous  sommes et, en sortant de l’église, nous sommes identiques ! Mais en recevant la communion, nous avons le Christ en nous et nous  avons à le partager. Si physiquement, nous  sommes les mêmes, par nos paroles et notre comportement, le changement devrait se voir.

Adorer le Saint Sacrement n’a  bien sûr pas la même valeur que de communier. Mais cela a l’avantage de nous faire bénéficier de cet amour du Christ qui traverse toute frontière. Et en ce temps de confinement, l’adoration chez soi ou en allant devant le Saint Sacrement à l’église (je le rappelle, elles sont ouvertes), peut nous aider et nous soutenir.
Une nuit qui libère, une autre qui met en valeur la présence du christ dans le service et l’Eucharistie. Demain , nous  célébrerons un don de soi qui fait offrir sa vie pour tous.

P . Yves FROT

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