Dans cette fête de l’Ascension, nous fêtons un Dieu qui s’en va, s’élève mais ne nous quitte pas. En effet, partir de cette terre était strictement nécessaire. Faisons un peu d’Evangile fiction. Si Jésus était resté à Jérusalem, seuls ses disciples auraient bénéficié de son enseignement et il aurait eu le statut d’un prophète, d’un homme célèbre et à un moment, comme Lazare, il serait re-mort. On aurait honoré  son tombeau comme on le fait encore pour celui de David. Mais personne n’aurait pu bénéficier de  son action, ce qui est en pleine contradiction avec la finale de Matthieu que nous  avons comme Évangile.
            Jésus ne part pas au Ciel, il y retourne, ce qui est très différent. Il ne vient pas d’une semence humaine comme nous toutes et tous. Il est Dieu, il vient de Dieu et retourne vers son Père dont il vient d’exécuter la mission que ce dernier lui a  confiée. Il ne retourne vers son Père que pour siéger à sa droite comme nous le disons dans le Credo et pour nous envoyer l’Esprit-Saint, le Défenseur, le Paraclet comme chaque  Evangile de cette quinzaine nous l’annonçait. Et  parce qu’il s’élève, il pourra faire descendre sur chacun d’entre nous l’Esprit-Saint qui est la présence réelle de Jésus en nous. Si le Père est source de tout, le Fils celui qui révèle le visage d’amour de Dieu, l’Esprit est la force, la présence et le dynamisme qui nous sont donnés pour que non seulement nous continuions l’œuvre inaugurée par le Christ mais aussi pour que nous  soyons ici-bas d’autres Christs. Et j’aime  bien quand je vois que la langue allemande désigne le chrétien comme « Christ » ‘Christ sein’, être chrétien, n’est pas seulement le titre d’un livre écrit par un théologien contesté mais une  vocation que tout homme a à vivre.

Alors oui, « pourquoi restez-vous à fixer le Ciel ». C’est ce que l’ange dit aux Apôtres, et avec raison. La mission n’est pas  d’avoir les yeux levés au Ciel mais de témoigner sur terre et d’aller là où les  hommes  sont, vivent, souffrent et bâtissent la société. Et nous avons ici un renversement de perspective. Ce n’est plus un petit peuple qui est le signe de l’amour de Dieu, c’est tout l’univers qui va devenir le champ d’évangélisation pour les chrétiens. Nous  avons besoin de nous arrêter dans des lieux spirituels pour vivre des temps forts, dans des monastères, sanctuaires ou abbayes. Et ce sont des temps  forts où l’on recharge ses batteries. Mais nous ne vivons ces temps et ces moments  que pour repartir, plus forts et plus dynamiques vers l’autre qui a été créé à l’image de Dieu et qui demeure  notre frère.

C’est ce que j’espère de notre temps de confinement qui, semble-t-il, se termine. J’espère que ceux qui ont eu l’habitude de participer à la messe de leur fauteuil ou canapé, en peignoir ou un verre d’apéritif à la main, ne se diront pas que cela leur suffit et c’est bien confortable même d’avoir une messe à la maison. Non. Outre le fait que de regarder des gens manger à la télévision ne nourrit pas, la communauté est aussi présence réelle du Christ, comme le sont l’écoute de la Parole de Dieu, l’Eucharistie et le prêtre.

Aujourd’hui, dans des conditions exceptionnelles, nous célébrons l’Ascension du Seigneur qui n’est que son retour vers le Père pour que nous devenions, grâce à son Esprit, de véritable Fils comme lui l’est. Pensons aux enfants qui dimanche dernier auraient dû faire leur première communion et aux  jeunes de 5° qui pour la paroisse en ce moment et pour le saint Cœur la semaine prochaine seraient en train de vivre la retraite qui les prépare à la Profession de Foi.

Père Yves FROT

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